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Martin dit Bidouré

Quelques éléments sur cet "héros" de la cause républicaine varoise:

 

René Merle - Insurrection de 1851 - Martin Bidouré, "fusillé deux fois". jeudi 27 mai 2004. René Merle, “Martin Bidouré "fusillé deux fois"...”, Bulletin de l’Association 1851-2001, 12, 2000, pp.1-4. 

Comme l’écrivait Irène Astier des insurgés, "c’est l’engagement dans l’action qui fait le héros, et ce titre ne peut être refusé à aucun de ces modestes Varois ; si le Barjolais a été désigné pour les symboliser tous, ce n’est pas pour sa jeunesse, ni pour son rôle dans cette expédition, mais plutôt à cause de sa mort tragique due à l’acharnement et à l’inhumanité de ses bourreaux". 

Louis Ferdinand MARTIN est né à Barjols le 24 août 1825. Son père François Martin est un scieur de long, originaire d’Apinac (Loire), et installé à Barjols*. Sa mère, Magdelaine Agnelly, est née à Barjols dans une famille de cultivateurs. En 1851 Ferdinand Martin, dit "Bidauré" ou "Bidouré" est "cordier de chanvre" à Barjols. Il part avec le puissant contingent des insurgés de Barjols. Le 9 décembre, alors que le gros des insurgés est dans Aups sous le commandement de Duteil, Martin fait partie du détachement qui, sous le commandement d’Arambide, prend position sur les hauteurs de Tourtour afin de contrôler la route de Draguignan. Le 10 au matin, les chefs républicains sont dans l’indécision. 

Montant un cheval prêté par le maréchal ferrant de Tourtour, Jean Joseph Blanc (qui sera condamné à la déportation en Algérie), Martin est envoyé à Aups porter un message à Duteil : Arambide demande des ordres. 

Martin repart vers Tourtour avec un billet de Duteil demandant à Arambide de rejoindre Aups.

 Pendant ce temps, la colonne militaire, commandée par le colonel Trauers et le préfet Pastoureau, surprend à Tourtour le contingent insurgé, qui se débande. Poursuivant sa route vers Aups, la troupe rencontre Martin qui galopait vers Tourtour. Blessé d’un coup de pistolet à la tête, et de plusieurs coups de sabre, Martin est laissé pour mort sur le bord de la route. 

Peu après, la troupe surprenait les insurgés à Aups et les mettait en déroute. Dans l’abondance d’informations, vraies ou fausses, sur l’insurrection, que publie la presse aux ordres du pouvoir, l’interception de Martin tient une bien mince place. Tout au plus mentionnera-t-on qu’une estafette chargée d’un ordre pour les insurgés avait été fusillée sur la route d’Aups à Tourtour. 

Ce sont les républicains exilés à Nice qui feront connaître le drame dans sa totalité. Certains d’entre eux publient une feuille répandue clandestinement dans le Var, L’Echo du Peuple. Sur la foi de renseignements provenant d’Aups, dont ceux donnés par Martin lui-même avant son exécution, le journal (8 juin 1852) donne sa version de la mort de Martin. 

Intercepté par les gendarmes à cheval, Martin est conduit devant le préfet Pastoureau qui l’interroge sur les raisons de sa course. Le préfet saisit un pistolet que portait Martin et le lui décharge sur le côté de la tête. Martin est ensuite sabré par les gendarmes et par un gentilhomme du Luc qui accompagnait la troupe. On avait trouvé sur Martin le message de Duteil à Arambide : réalisant que les insurgés sont à Aups, et non à Salernes comme on le croyait, les militaires pressent l’allure. Laissé pour mort, Martin est abandonné au bord de la route. 

Plusieurs heures après, Martin reprend connaissance, il se traîne jusqu’au proche domaine de la Baume : le fermier le recueille, mais, apprenant la défaite des insurgés à Aups, il le dénonce le soir même auprès du maire d’Aups, qui fait transporter le blessé à l’hôpital d’Aups. Martin y est soigné par les sœurs, sous la surveillance des gendarmes. Le lendemain 14 décembre, après avoir pu parler à plusieurs personnes de sa connaissance, il est fusillé par les militaires. Les soldats doivent s’y prendre à deux fois pour l’achever.

 "On a fait circuler dans le département du Var une souscription dont le montant est destiné à offrir une épée d’honneur à Mr. Pastoureau. Les souscripteurs se trompent : c’est un pistolet qu’ils doivent voter à l’ex-préfet du Var, aujourd’hui préfet du Lot, en commémoration expiatoire de l’assassinat de Martin", conclut L’Echo du Peuple. 

La diffusion de ce journal clandestin était certes confidentielle. Elle eut cependant suffisamment d’impact pour que le thème de la double mort de Bidouré soit repris en 1853 par l’avocat et journaliste du parti de l’Ordre, Maquan. 

Otage de la colonne républicaine, Maquan avait publié à chaud, en février 1852, un premier récit sur l’insurrection. Dans sa seconde édition, en 1853, il répond aux accusations républicaines. Selon lui, les gendarmes en avant-garde sur la route d’Aups rencontrent un cavalier lancé à toute allure. Ils se précipitent sur lui, l’abattent d’un coup de pistolet, le sabrent. On fouille la victime, sur laquelle on trouve un message de Duteil. 

Abandonné par la troupe, Martin reprend ses esprits, se traîne jusqu’au domaine de la Baume, dont le fermier le livrera aux autorités en apprenant l’issue de la bataille d’Aups. Maquan met totalement hors de cause M. de la Baume, absent du domaine pendant les événements. 

Maquan relate ensuite sans autres commentaires le transport de Martin : "Il est conduit à Aups pour y être fusillé le dimanche". 

Le jésuitique chroniqueur de l’Ordre conclut par un tour de force : justifier l’exécution et saluer la victime. 

"De grâce, confessez-moi, s’écrie le condamné, les yeux mouillés de larmes. Les soldats s’éloignent attendris. Martin tombe à genoux en donnant les marques du plus sincère repentir, puis, après avoir reçu la bénédiction du prêtre, il marche à la mort avec calme, fermeté et résignation. Quel dommage qu’un pareil homme n’ait pas fait le sacrifice de sa vie pour une meilleure cause !"

 Un peu plus loin, Maquan écrit : "nous sommes heureux de signaler la résignation chrétienne de l’estafette Martin en face de la mort". 

Pour les longues années de la chape de plomb impériale, la version de Maquan sera la seule répandue dans le Var. 

Mais dans les dernières années de l’empire, le fantôme de Bidouré ressurgit dans la grande offensive républicaine qui accompagne la libéralisation de l’édition et de la presse. Comme l’écrit Maurice Agulhon, "L’une des armes de cette lutte fut l’histoire : rappeler aux anciens, et apprendre aux plus jeunes, le péché originel de Napoléon III, ce coup d’état du 2 Décembre qui fut un parjure personnel et un scandale juridique accompagnés d’un déchaînement démesuré de vengeances politiques et sociales au profit du "parti de l’ordre". 

Les enquêtes historiques du journaliste républicain Ténot, de 1865 à 1868, des articles retentissants comme celui de Jules Claretie, dans Le Figaro en 1868, l’ouvrage de Noël Blache en 1869, font de la double exécution de Martin le symbole d’une répression abominable, faute initiale et impardonnable du régime. Sous la Troisième République, transcendant les divisions entre opportunistes, radicaux ou socialistes, Martin Bidouré fera dorénavant partie de la mythologie républicaine du "Var rouge". Cependant que de bons esprits, revisitant un Midi mis en spectacle, ironisent sur ce Bidouré "fusillé deux fois. Ces Méridionaux exagèrent toujours... 

Une souscription lancée peu après le cinquantième anniversaire de l’insurrection permettra l’érection du monument de Barjols, monument devant lequel la population manifestera contre l’occupant nazi et ses complices français, unissant l’hommage aux insurgés républicains et l’idéal patriotique de la Résistance.

 

 

Extrait de l'Echo du Peuple, n°7, du 8 juin 1852.

 Par Marc Nadaux .

La répression qui touche le département donne lieu à des événements tragiques. La mort de Martin Bidouré, un jeune homme de 26 ans, en fait un saint républicain que s'est approprié la mémoire collective. 

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Nous avons déjà parlé de la mort du malheureux Martin de Barjols le jour de la surprise d'Aups, mais nous en avions ajourné les détail jusqu'au moment où des renseignements précis que nous refusait la réserve presque timorée des réfugiés français nous seraient parvenus des localités mêmes où s'étaient passés les tristes événements que nous avons à raconter à nos lecteurs. Ces renseignements, nous les avons reçus et nous allons exposer les faits lugubres qu'ils nous ont appris. Le brave et malheureux Martin fut rencontré sur la route d Aups à Tourtour et près de la première de ces localités, par l'avant-garde du corps de troupe dirigé contre les insurgés surpris à un détour de la route, Martin qui était à cheval cherche vainement à s'échapper et fut pris avant même d'avoir pu tourner bride. Amené devant Mr le préfet Pastoureau qui était à quelque distance de là avec le gros de la troupe, Martin fut interrogé sur la route même par ce fonctionnaire sur les motifs qui le conduisaient d'Aups à Tourtour. C'est pendant cet interrogatoire que Martin fut interrompu par une balle qui ne l'atteignit pas à la poitrine comme nous l'avions dit d'abord mais bien à la figure. Cette balle sortait d'un des pistolets que Martin portait; que le préfet saisit et qu'il déchargea au même instant à bout portant sur Martin dont la figure était labourée et l'oreille emportée par le coup. Renversé de son cheval le pauvre Martin fut aussitôt frappé de plusieurs coups de sabres par les gendarmes et par un gentilhomme de la commune du Luc qui ne craignit pas de teindre son épée du sang d'un adversaire couché par terre sans armes et sans connaissance. Dépouillé des papiers qu'il pouvait avoir le corps de la victime fut poussé du pied jusque dans le fossé de la route où il fut abandonné comme à la voirie ; ainsi a devenir la pâture du premier animal affamé qui passerait par là. 

Mais la providence en avait décidé autrement elle voulut que la victime elle même put protester contre l'assassinat dont elle avait été l'objet Après avoir resté plusieurs heures dans la situation où l'avaient laissé ses meurtriers, Martin reprit connaissance et trouva dans son énergique nature la force nécessaire pour se traîner jusqu'à une ferme voisine, où il fut accueilli et reçut les premiers soins que son état réclamait. Aucune des blessures de la victime ne paraissait mortelle et son état ne s'aggravait pas il put même écrire ou faire écrire chez lui pour annoncer son prochain retour, mais le bruit s'étant répandu que tout individu qui donnerait asile à un insurgé serait puni comme l'insurgé lui même les fermiers qui avaient recueilli Martin craignant de se compromettre se décidèrent à aller prendre conseil de Mr de la B. propriétaire de la ferme qui leur dit qu'il se chargeait de le faire conduire à l'hôpital. 

En effet l'autorité d'Aups prévenue par Mr de la B. s'empressa de faire arracher Martin à son lit de douleur le surlendemain de son arrivée à la ferme et de le faire traîner à l'hôpital. Mais là ne devait pas finir le drame si émouvant dont le brave Martin devait être victime et dés le lendemain de son entrée à l'hôpital il se vit de nouveau arraché de son lit et traîné à un nouveau supplice. On lui avait déjà annoncé qu'il était condamné à être fusillé et un ecclésiastique qu'il connaissait personnellement avait pu lui porter quelques paroles de consolation. Pendant le trajet de l'hôpital au cimetière, où l'exécution devait avoir lieu, Martin rencontra plusieurs personnes de sa connaissance et à toutes il fit les adieux les plus affectueux et les plus touchants en s'écriant avec l'accent de la satisfaction qu'il allait verser son sang pour la démocratie mais que la république ne périrait pas affirmant même que sa cause triompherait en France à l'heure même ou il allait mourir pour elle. Chemin faisant il rencontra l'ecclésiastique qui l'avait déjà visité et il l'invita à l'assister dans ses derniers moments, ce qu'il s'empressa de faire. 

Arrivé sur le lieu du supplice, Martin se prépare à mourir en pardonnant à ses ennemis et se place avec une héroïque résignation au poste qui lui est assigné pour y recevoir la mort qui semblait ne pas vouloir de la victime et protester par sa lenteur à venir contre l'acharnement si empressé de ses bourreaux. En effet Martin tombe bientôt frappé de plusieurs balles mais il se releva aussitôt sur ses deux mains et s'écria : "Vous ne pouvez donc pas en finir, je ne suis pas mort ; tuez-moi donc, malheureux." et à l'instant un canon de fusil appliqué sur son oreille le délivre de tant de tortures mais il a encore la force de s'écrier avant de mourir : "Oh ! cette fois je suis bien mort, vous pouvez vous en aller !" et il tombe pour ne plus se relever. Nous n'ajouterons rien à l'éloquence de tant de sauvagerie. Échappé à un premier supplice le trop malheureux Martin devait en subir un second qui devait assurer son silence sur le premier épisode de ce double et horrible assassinat. 

Mais le ciel a voulu que Martin put raconter lui même une partie de cette épouvantable histoire et que l'indignation publique complétât ce sombre et lugubre récit que l'atrocité des faits semble rendre incroyable. 

Les détails que nous venons de donner sur la mort de Martin sont si monstrueux qu'ils paraissaient impossibles. Pourtant ils sont attestés par des personnes de la localité très bien informées de tout ce qui s'est passé. Néanmoins tout en reproduisant ces détails qui courent les rues et qui sont dans toutes les bouches à Nice comme de l'autre coté du Var, nous devons prévenir les personnes intéressées à relever certains de ces faits qui ne leur paraîtraient pas d'une complète exactitude que nous tenons nos colonnes à leur disposition. C'est avec bonheur, nous le déclarons que nous insérerions les rectifications qui tendraient à donner à cette horrible affaire une couleur moins sombre.

 On a fait circuler dans le département du Var une souscription dont le montant est destiné à offrir une épée d'honneur à Mr. Pastoureau. Les souscripteurs se trompent c'est un pistolet qu'ils doivent voter à l'ex-préfet du Var, aujourd'hui préfet du Lot en commémoration expiatoire de l'assassinat de Martin.

 

 

HYMNE A MARTIN BIDOURÉ

(Fusillé à Aups le 14 Décembre 1851) - Paroles d'Antoine Ricard (Rédacteur en chef du Journal LE PROGRES - Vincennes) natif d'Aups en 1856.

Ecoutez ces clameurs ; est-ce un gueux qu'on arrête ?
Mais non - c'est un Républicain.
Le héros du devoir grandi par la défaite
Pour la mort n'a que du dédain.
Au supplice on conduit cet homme
Mais son nom : Martin Bidouré
En s'éteignant au Jeu de Paume
S'envole à l'immortalité !

  •  
  • Refrain -

    La République vous honore
    Ô martyrs de la Liberté
    Votre sang pour nous fait éclore
    Les fleurs de la Fraternité !

  • Aujourd'hui la Patrie a vengé cette insulte ;
    Bidouré brile en lettres d'Or
    Au livre de nos droits se conserve le culte
    S'il fallait les défendre encor.
    Comme Martin avec vaillance
    Au feu nous irions sans faiblir
    Poussant le cri ; Vive la France !
    Les Provençaux savent mourir.

  •  
  • La République vous honore
    Ô martyrs de la Liberté
    Votre sang pour nous fait éclore
    Les fleurs de la Fraternité !
  • Nous serons toujours fiers au pays des cigales
    D'être issus de pareils aïeux
    Quand nous ne serons plus, ô jeunes Provençales
    Enfantez des braves comme eux
    Elevez-les dans la Justice
    Et l'Amour de l'Humanité
    Afin qu'au jour du sacrifice
    Nos fils imitent Bidouré !

    Martin Bidouré - jeune républicain coupable d'avoir pris les armes pour la défense de la République, fut fusillé à Aups sur la Place du Jeu de Paume à l'instigation du Préfet Pastoureau, le 14 Décembre 1851.

    Orchestré sur l'air du Chant du Départ et transmis par SUMIEN Marcel Marius (Chapellerie et Bazar à Salernes VAR) né à Barjols le 18 Octobre 1848 et qui a quitté Barjols en 1890.

    Musique Printemps 2001 - composée pour "La Montagne Re-Fleurira !" par Pierre Méric

     

    Quelques photographies:

    AUPS1851.jpg (53839 bytes) bidoure.jpg (29745 bytes) mausolee.jpg (65103 bytes)
    Le monuments d'Aups. La statue de Bidouré à Barjols. Le Mausolée de 1883 à Aups.

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    toulon_bidoure.jpg (71270 bytes) soins.jpg (70221 bytes)
    La Place Martin Bidouré à Toulon. La commémoration par les classes de 5°3 du Collège Henri Nans d'Aups et de 4°6 du Collège Pierre de Coubertin du Luc

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